De la pratique du cinéma argentique

Notre travail créatif s’articule autour du support film, plus précisément de la pellicule 16mm et Super 8. C’est une recherche sur la texture de l’image, sur le mouvement cinématographique, la lumière, les effets cinétiques, le son, la multi-projection, les ombres, pour une production renouvelée de sensations visuelles et auditives.

Penser aujourd’hui que le cinéma Super 8 et 16mm est en voie de disparation, c’est occulter l’existence de bon nombres d’artistes-cinéastes toujours autant passionnés par ce support et ses qualités, qui continuent à approfondir leurs pratiques en innovant sans cesse dans le domaine de l’argentique. La rencontre de Nantes cet été le prouve et démontre même un intérêt croissant pour cette pratique, de nouvelles structures, au Brésil, en Autriche en Islande ainsi qu’en Afrique du Nord sont en cours de formation.

Il pourrait sembler obsolète de continuer à travailler sur ce support de nos jours face au développement considérable des techniques vidéos et numériques et en regard de la disparition progressive du support filmique des circuits commerciaux (productions post-productions et diffusions se font de nos jours presque uniquement en numérique). Mais, comme c’est le cas pour la photographie, dont la technique est quasi-similaire, le support argentique révèle des attributs trop particuliers pour que ses partisans le laisse disparaître. C’est un support physique impressionné par la lumière et non une suite indéchiffrable de 1 et de 0 qui ne saurait jamais égaler la qualité des textures argentiques. L’image à un corps, c’est un objet, aussi fragile soit-il, qu’une paire de main peut manipuler.

Ce rapport manuel au support est l’un des axes principaux de notre engouement pour la pellicule, rapport qui n’existe pas dans la pratique vidéo, analogique ou numérique. En effet, l’image vidéo n’est jamais travaillé directement mais toujours par l’intermédiaire d’outils électroniques ou informatiques. Notre outil principal reste finalement nos mains, et c’est ce qui confère à cette pratique une humanité et une douceur que le numérique ne saurait ni retranscrire ni égaler.

Il ne s’agit pas de valoriser ou dévaloriser un support par rapport à l’autre, ni de mener le constat amer de la prise de pouvoir du numérique sur le support argentique. Ce sont deux supports différents et renfermant chacun leurs qualités propres. Ils nous arrive d’ailleurs, artistes du collectif Burstscratch d’utiliser ces supports numériques pour d’autres projets, mais c’est la raison même de Burstscratch que d’être partie-prenante dans la conservation et la pérennisation de cette pratique et de ce support.

Il s’agit pour nous de continuer à développer un travail de création avec un support qui nous semble irremplaçable quant à l’originalité, la qualité et la pertinence de sa nature.